Mi(s)ScellaneaCorine

Mi(s)ScellaneaCorine

Un pied-à-terre

 

 

 

 

 

 

 

 Il n'est pas rare que j'écrive dans la peau d'un homme, même s'il ne me ressemble que peu :

 

 

 

 

 

Je crois que c'est courant de ressentir cela, mais l'identité ne se trouve pas dans le regard de l'autre. Si l'on est perdu, ça n'est pas là qu'on se rencontrera et au pire, on peut même faire l’erreur de se méprendre sur ce dont on a vraiment besoin.

 

 

Je n'ai rien à prouver et n'ai jamais cherché à le faire. Je n'ai pas été quelqu'un dont on enviait la situation professionnelle, mais cela m'a fort bien convenu. Les femmes qui ont traversé ma vie m'ont quitté sans trop de chagrin, je crois. Cependant, je les ai toutes aimées comme si chacune était la première. Je n'ai jamais perdu foi en l'attente et l'arrivée d'une dernière première. Il peut être délicieux d’espérer, sans objectivement pouvoir présumer du dénouement de cette patience.

 

 

J'ai voyagé, mais j'ai été aussi satisfait de revenir que de partir.

 

 

Je ne dispose pas d'une grosse retraite, j'ai souffert de pathologies banales dont je n'oserais me plaindre.

 

 

J'ai vécu discrètement, évoquant mes bonheurs longs ou courts, cachant mes afflictions. Je n'éprouve pas de honte, c'est juste une habitude du secret.

 

 

Ca ne fait pas flores, tout cela et pourtant, j'aime la vie. C'est mon pied-à-terre, le plus fiable que j'aie expérimenté et je tiens à être le plus longtemps possible son locataire. La vie est une richesse qui s'épuise vite, mais cela reste quand même une valeur sûre !

 

 

Ne serais-je pas encore né, je lui adresserais une petite lettre de motivation, en pensant si fort qu'elle ne pourrait que m'entendre :

 

« Chère Madame, Fort de mon inexpérience, je saurai me mettre à votre service et me montrer loyal. Ame sans compétence, idéaliste sans réalisation, je me tiens à votre disposition, pour rouler sur des routes unies, ou des virages en épingle à cheveux que je me ferai fort de découvrir, si j'ouvre un jour les yeux, ravi et surpris de votre aimable assentiment. Nous aurons alors notre premier entretien et moi, ma première claque dans un premier cri bleuté. Je commencerai ma première année de formation avec volupté, En souhaitant vous convaincre de me laisser m'essayer à Vous, je vous prie de croire, Madame, à l'expression de ma détermination la plus sincère et (oserais-je ?) ma reconnaissance anticipée. PS : néanmoins, ne vous froissez pas si je prends un peigne et que des épingles sautent pour quelques-unes. ».

 

 

 

 

Je suis à peu près certain que cela ne saute pas aux yeux quand on me rencontre, mais j'aime aussi rire. Il paraît que le rire est sacré, on me l'a dit il y a quelques années, je ne l'ai jamais oublié. Je crois même que le rire est au service dévoué de l'acte de vivre.

 

 

Dans le fond, je n'ai jamais philosophé, à quoi cela m'aurait-il mené ? Imparfait, je le suis, mais j'ai toujours conçu le fait de vivre comme un droit pour chacun sans devoir nous en justifier, que nous soyons sous un toit, dans des tentes, ou sous un pont.

 

 

Nous grandissons dans des terres qui changent sous nos pas, en presque étrangers.

 

 

Il y a toujours l'avenir qui saura se passer de nous. Il y aura toujours, dans le fait d'être, l'utilité immédiate, l'inutilité apparente, le mot de la fin. Il y a toujours l'excès et le manque.

 

 

 

Il y a la résine que l'on débarrasse des mouches, ou l'ambre aux insectes de luxe.

 

 

 

Il y a ceux qui se souviendront de nous, nous ne savons pas pour tous de quelle façon.

 

 

 

Les animaux ne l'évaluent pas, cette valeur sûre pleine de risques, ils la prennent et s'élancent, sans regarder plus loin. Un jour probablement, je fermerai ma porte pour me coucher à l'abri des regards, comme ces bêtes que nous oublions que nous sommes. Je ne me connais pas d'ennemi, pas de prédateur, mais je me concentrerai sur mes dernières minutes. Défilera-t-il, ce fameux film à rebours, dont on parle parfois, devant mes yeux ? Celui du petit lait, ou des temps difficiles que je n'ai pas écrits, des visages et des mains perdues, dont je n'ai rien oublié ? Reverrai-je ces terres apprivoisées ?

 

 

Je ne sais pas.

 

 

La vie. Je n'ai pas besoin de réponse, je ne lui ai jamais posé de question. Notre entente prendra fin sur le point qu'elle posera sur le contrat, sans discorde, sans aigreur.

 

 

Ma dernière première, peut-être, je n'ai jamais perdu la foi.

 

 

 

 

 

                                                                 Corine

 

 

 

 


 



26/05/2020
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